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Le mariage de Roland

dimanche 18 décembre 2011, par Silvestre Baudrillart

  • Ils se battent — combat terrible ! — corps à corps.
  • Voilà déjà longtemps que leurs chevaux sont morts ;
  • Ils sont là seuls tous deux dans une île du Rhône.
  • Le fleuve à grand bruit roule un flot rapide et jaune (…).
  • Quatre jours sont passés, et l’île et le rivage
  • Tremblent sous ce fracas monstrueux et sauvage. (…)
  • O chocs affreux ! terreur ! tumulte étincelant !
  • Mais enfin Olivier saisit au corps Roland,
  • Qui de son propre sang en combattant s’abreuve,
  • Et jette d’un revers Durandal dans le fleuve. (…)
  • Ils luttent maintenant, sourds, effarés, béants,
  • A grands coups de troncs d’arbre, ainsi que des géants.
  • Pour la cinquième fois, voici que la nuit tombe.
  • Tout à coup Olivier, aigle aux yeux de colombe,
  • S’arrête et dit : « Roland, nous n’en finirons point.
  • Tant qu’il nous restera quelque tronçon au poing,
  • Nous lutterons ainsi que lions et panthères.
  • Ne vaudrait-il pas mieux que nous devinssions frères ?
  • Ecoute, j’ai ma soeur, la belle Aude au bras blanc,
  • Epouse-la.— Pardieu ! je veux bien, dit Roland.
  • Et maintenant buvons, car l’affaire était chaude. »
  • C’est ainsi que Roland épousa la belle Aude.

Victor HUGO (1802-1885) La légende des siècles