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Le printemps dans les Alpes

vendredi 23 décembre 2011, par Silvestre Baudrillart

  • Tout ce que l’air touchait s’éveillait pour verdir ;
  • La feuille du matin sous l’œil semblait grandir ;
  • Comme s’il n’avait eu pour été qu’une aurore,
  • Il hâtait tout du souffle, il pressait tout d’éclore ;
  • Et les herbes, les fleurs, les lianes des bois
  • S’étendaient en tapis, s’arrondissaient en toits,
  • S’entrelaçaient aux troncs, se suspendaient aux roches,
  • Sortaient de terre en grappe, en dentelles, en cloches,
  • Entravaient nos sentiers par des réseaux de fleurs,
  • Et nos yeux éblouis dans des flots de couleurs.
  • La sève, débordant d’abondance et de force,
  • Coulait en gommes d’or des fentes de l’écorce,
  • Suspendait aux rameaux des pampres étrangers,
  • Des filets de feuillage et des tissus légers,
  • Où les merles siffleurs, les geais, les tourterelles,
  • En fuyant sous la feuille, embarrassaient leurs ailes.
  • Alors tous ces réseaux, de leur vol secoués,
  • Par leurs extrémités d’arbre en arbre noués
  • Tremblaient, et, sur les pieds du tronc qui les appuie,
  • De plumes et de fleurs répandaient une pluie ;
  • Tous ces dômes des bois, qui frémissaient aux vents,
  • Ondoyaient comme un lac aux flots verts et mouvants ;
  • Des nids d’oiseaux, bercés au roulis des lianes,
  • Y flottaient, remplis d’oeufs tachetés, diaphanes,
  • Des mères qui fuyaient fragile et doux trésor,
  • Comme dans le filet la perle humide encor !
  • Alphonse de LAMARTINE (1790-1869)
  • Jocelyn