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Le dormeur du val

samedi 24 décembre 2011, par Silvestre Baudrillart

  • C’est un trou de verdure où chante une rivière,
  • Accrochant follement aux herbes des haillons
  • D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
  • Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
  • Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
  • Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
  • Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
  • Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
  • Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
  • Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
  • Nature, berce-le chaudement : il a froid.
  • Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
  • Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
  • Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
  • Arthur RIMBAUD (1854-1891)
  • Poésies