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L’éducation à la foi et aux vertus humaines

dimanche 30 octobre 2011, par Silvestre Baudrillart

- • Supposons que vous connaissiez une femme qui est enceinte, mais qui a déjà huit enfants, dont trois sourds, deux aveugles et un mentalement attardé ; de plus, cette femme a la syphilis. Lui recommanderiez-vous d’avorter ? Si vous avez répondu oui, vous venez de tuer Beethoven. L’éducation est une œuvre humaine dont on ne maîtrise pas le terme. On essaie de transmettre qch, mais l’enfant surprend toujours, et c’est tant mieux.
- • Ici, je m’adresse à des parents, souvent chrétiens, qui ont la conviction qu’il faut, à travers l’éducation, transmettre la foi et les vertus humaines.
- • Qui suis-je ? Un éducateur parmi d’autres, (enseignant, animateur, précepteur), doté d’une expérience assez riche puisqu’elle s’est exercée sur des centaines d’enfants depuis 22 ans, mais dans une tranche d’âge assez réduite (10-18 ans) et limitée aux garçons. Club Fennecs et collège privé Hautefeuille à Paris (Courbevoie).

A. De quoi s’agit-il ?

- • Si l’on a la foi, et des vertus… si on les a reçues au travers d’une éducation… on peut être amené à penser que c’est également par une éducation que cela se transmettra.
- • La foi n’est pas un pur produit de l’éducation. Elle est libre. Comme beaucoup de choses. Mais elle est aussi une grâce, que personne ne peut transmettre.
- • La vertu peut-elle s’enseigner ? Question posée déjà par PLATON, dans un dialogue sur le courage. Cela se saurait ! Les personnes vertueuses auraient automatiquement des enfants dotés de la même vertu. Souvent, ce n’est pas le cas. Les parents travailleurs ont des fils frivoles et fêtards, etc.
- • Les vertus « humaines » sont :
— Les vertus « cardinales » : prudence, justice, force d’âme et tempérance.
— La sincérité est reliée à plusieurs d’entre elles, ainsi que l’honnêteté, l’esprit de travail, l’ordre, la pureté, la pudeur, la patience, l’humilité, la grandeur d’âme, l’optimisme, l’obéissance, la persévérance…
— Viennent s’y ajouter des vertus « sociales » : affabilité, tact, reconnaissance, esprit de service, camaraderie, ponctualité... Au total, une bonne vingtaine de vertus, au sens de « bonne habitudes qui rendent bon celui qui s’efforce de les vivre ».
- • Structure de la vertu : l’âme humaine est intelligence et volonté. L’intelligence pour connaître le vrai, la volonté pour faire le bien. Les vertus sont des habitus, càd des auxiliaires de la volonté, des puissances qui facilitent un certain nombre d’actes. Par ex, si j’ai l’habitus de l’ordre, il me sera plus facile, plus naturel, de ranger les choses, de repérer ce qui n’est pas bien rangé ou ce qui n’est pas à sa place ; je l’y remettrai sans perdre de temps et sans faire d’effort excessif, au contraire de celui qui n’est pas « ordonné ».
- • A l’opposé des vertus, il y a les vices : mauvais habitus qui rendent plus facile de faire le mal.
- • La foi, au contraire des vertus, n’est pas un acquis, le résultat d’un effort : c’est une grâce et en plus, c’est une lumière dans l’intelligence, non dans la volonté. C’est Dieu qui donne la foi, gratuitement, à travers ses Sacrements et de nbx autres canaux.
- • Attention : la foi n’est pas simplement un « savoir », c’est avant tout une vision, une ferveur : « Si seulement vous aviez la foi gros comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : déplace-toi et va te jeter dans la mer, et elle vous obéirait. » Avoir la foi, c’est nourrir une vraie confiance en Dieu, une conviction qui mène à l’action. C’est un auxiliaire de la volonté… une puissante motivation, un moteur pour toute la vie.
- • L’éducation suppose une certaine vision de l’homme ; elle se fait aussi dans l’amour.
- • Lien foi-vertus. Il est double :
— avoir la foi aide à acquérir les vertus. Les vertus sont en plus données de façon infuse, et le chrétien tend à la sainteté avec l’aide de la grâce ;
— les vertus humaines sont une bonne préparation à comprendre la foi. Jésus-Christ, en tant qu’homme, est attrayant, et sa religion attire les personnes droites et pures.

B. Comment transmettre la foi ?

1) Liberté et transmission
- • Un faux problème : « peut-on imposer la foi ? » — On ne peut pas, même si on le veut.
— On ne se le pose pas pour le régime alimentaire, le prénom, la langue…
- Transmettre la foi est un devoir, une mission des parents. Et c’est une forme de respect pour l’enfant, à qui on va donner des grâces imposantes — la Vie surnaturelle ! — par le Baptême.
- • On libère l’enfant en lui « proposant » la grâce de la foi. « La Vérité vous rendra libres ». On le libère de la superstition, du matérialisme, de l’erreur, etc. A tout moment, il sera « libre » aussi de la refuser. Son libre-arbitre n’est pas amoindri, surtout s’il a été baptisé enfant, alors qu’en aucun cas il n’a pu manifester son opinion, ou être « manipulé ». Et on a toujours voulu lui présenter ce qu’il y avait de mieux.
- • Le point de départ est toujours l’amour : si l’enfant se sent aimé, compris, écouté… les contraintes, nécessaires à la vie de famille, passeront mieux.

2) Vision surnaturelle
- • Prier pour l’enfant, le considérer dans la prière : « Seigneur, Tu m’as envoyé cet enfant, comment puis-je l’élever ? »
- • Dire à l’enfant, souvent, qu’il est un « cadeau de Dieu ». Expression qui va très loin. Pour cela, réserver des moments de tendresse positifs. Et signe de la croix sur le front, avec douceur. Si c’est le cas, lui dire que sa foi nous fait du bien.
- • L’aventure de la sainteté : expliquer à l’enfant qu’on lui propose le ciel ; et laisser aussi une grande ouverture aux diverses vocations.

3) Montrer l’exemple
- • L’exemple des parents va marquer l’enfant :
— façon dont ils assistent à la Messe, le dimanche (tous les dimanches, bien sûr) ;
— leur prière (prière du soir en famille, bénédicité, chapelet le samedi, par ex.) ;
— la foi avec laquelle ils affrontent les événements de leur vie ;
— leur amour, leur joie de vivre… Finalement, tout ce qu’ils sont.

4) Une nourriture adaptée
- • Lire et raconter l’Histoire sainte, une Bible (illustrée si possible, ou adaptée).
- • Expliquer qui est Dieu, Jésus, etc. Très jeune, l’enfant devient ami de Jésus, il apprend à prier…
- • Repères concrets : « coin prière », crucifix et image de la Vierge dans chaque chambre.
- • Il ne s’agit pas d’« assommer » l’enfant, mais de lui présenter des choses attrayantes, qui lui plaisent. La beauté du porche d’une cathédrale lui parlera peut-être plus qu’une prière silencieuse ; ou un chant, ou quelques mots, ou une intention de prière qu’il exprimera lui-même…
- • Soigner la formation : vérifier si l’école, le scoutisme proposent des bases solides. Etre présent(e) dans la structure…
- • Vérifier le contenu de la foi, par ex. avec des jeux catéchétiques, etc.
- • Prudence dans les lectures, les films : accompagner les enfants, en parler.

5) Se faire aider
- • La première Église, c’est la famille. Mais les parents ne sont pas seuls, dans la tâche de l’évangélisation de leur enfant. La paroisse, le collège, les mouvements, le père spirituel… les parrains et marraines, s’ils ont été bien choisis… les grands-parents, grands frères ou grandes sœurs…
- • Exemple du préceptorat Club ou Hautefeuille : une « autre voix » dira les mêmes choses, d’une manière un peu différente, et sera mieux écoutée.

6) « Sans obligation de résultat »
- • Grande liberté : il est normal qu’il y ait, dans la vie de famille, des choses auxquelles tout le monde participe, et la messe dominicale en fait partie. Peut-être, pour l’adolescent, une messe « pour jeunes » conviendra-t-elle mieux… La prière en famille, à partir de 6 ans par exemple, est une chose normale aussi, mais moins « obligatoire ».
- • Pas de complexe si l’enfant ne coopère pas toujours : on savait, dès le départ, qu’il était libre. Le lui rappeler de temps à autre, tout en lui expliquant pourquoi on souhaite qu’il connaisse avant de choisir, qu’il participe avant de refuser…

C. Comment transmettre les vertus ?

1) La présence et l’écoute
- • Les parents s’efforcent de rentrer assez tôt pour accompagner leur enfant dans son travail. Ils le font parler ; et à travers cette conversation, ils saisissent un peu de son état, et l’aident à mieux comprendre sa journée. Ils l’apaisent et le mettent au travail.
- • Si la conversation n’est pas quotidienne, créer l’occasion chaque semaine : « On se parle. »

2) Une relation de confiance
- • Amour et franchise, transparence. Indispensable à tout moment, mais surtout lors de l’adolescence.
- • Base : la familiarité quotidienne, sans pression excessive. Les exigences éducatives doivent passer à travers une conversation sereine et normale.

3) Des objectifs positifs
- • Il vaut toujours mieux proposer des records à battre que courir après des défauts.
- • Chaque vertu doit représenter un petit objectif, une petite consigne concrète.
- • Les feuilles rédigées pour chaque vertu (site Hautefeuille) peuvent aider à formuler ces objectifs, et à faire un examen de conscience.

4) L’exemple
- • C’est lui qui laissera les traces les plus solides, notamment dans les grands choix, aux moments d’incertitude, d’émotion : l’image des parents.
- • L’adulte doit montrer qu’il lutte pour que ses actes soient en cohérence avec ses paroles. Peu importe qu’il y ait parfois des échecs, des erreurs ; en revanche, il est bon de savoir s’excuser.
- • Pour le garçon, le rôle du père devient important avec l’âge : c’est le modèle masculin, la référence qui lui permettra de se construire en tant que garçon et en tant que personne.
- • Faire des choses avec l’enfant : promenades, bricolage, rangement, peinture, sport… Tisser un lien constant, dans les repas, la voiture…

5) Les périodes sensitives
- • Les vertus ont leurs périodes :
— L’ordre, de 1 à 3 ans.
— La sincérité, très importante, de 3 à 9 ans.
— La force d’âme, de 6 à 8 ans.
— La générosité, 7-11 ans.
— La justice, jusqu’à 12 ans.
— La tempérance, si importante dans l’adolescence, s’acquiert surtout entre 10 et 12 ans.
- • Les vertus se développent aussi de manière connexe, c’est-à-dire en harmonie. Par exemple, la politesse s’apprend peu à peu, sur plusieurs âges, en même temps que d’autres vertus. L’esprit de travail change de forme, avec la progression scolaire.

6) Des règles précises
- • Les règles de la politesse… la tempérance, l’esprit de travail, demandent de renouveler fréquemment les consignes, les explications.
- • Il s’agit plutôt d’indications : ne pas laisser trop de place à la discussion.
- • Les engagements pris en début d’année, par exemple, ne doivent pas pouvoir être rompus.
- • Il doit y avoir des tarifs précis de punition pour telle ou telle faute. Surtout pour un garçon.

7) Créer des événements
- • Ranger sa chambre à certaines dates.
- • Consacrer telle période à la lutte contre les gros mots, telle autre à l’acquisition d’une vertu…
- • Le jeu de l’Ange Gardien…

8) Utiliser les crises
- • S’il y a un gros mensonge : en profiter pour ré-insister sur l’importance de la sincérité, sans laquelle on ne peut rien faire.
- • Si on se contente d’aller de crise en crise, on sera toujours derrière l’événement… mais la crise est aussi un moment de vérité.

9) Tenir les rênes courtes
- • Dans l’utilisation de la télévision, d’internet, l’argent de poche, l’horaire… ne pas donner trop tôt une grande latitude à l’enfant. Chaque petit pas doit être mesuré, pour qu’il apprenne à se déplacer dans cette nouvelle aire de liberté.
- • Mettre un filtre sur l’ordinateur, et éviter qu’il l’ait dans sa chambre. La télévision non plus.
- • Facebook : attendre un certain âge (14 ans ?) et expliquer les côtés positifs et négatifs, les dangers réels, la puissance de l’image. Limiter le temps.
- • Portable, msn : limiter l’usage ou l’interdire.

10) Donner des responsabilités
- • Par l’attribution de petites charges, l’enfant accroîtra son esprit de responsabilité.
- • Lui faire faire aussi de petits travaux : peinture à la maison, baby-sitting à l’extérieur…

11) Sport
- • Chercher avec l’enfant un sport qui conviendra à son caractère ; il s’agit plus de développer ses potentialités que de contrer ses défauts.
- • Ce sport lui apprendra : la confiance en soi, les vertus de la compétition, la convivialité, le goût de l’effort, le dépassement de soi…

12) Lecture
- • A travers la lecture, l’enfant développera ses connaissances, son vocabulaire, enrichira sa psychologie, son expérience de la vie…
- • Il apprendra aussi à se concentrer, à développer une certaine vie intérieure.
- • Chercher avec lui des livres qui lui conviennent. Elargir l’éventail au maximum ; il ne s’agit pas de s’attaquer exclusivement aux classiques.
- • Critères moraux et intellectuels. Un livre doit élever l’âme, l’enrichir. Lui expliquer.

Appendice : les grands dangers

a) Chaînes de radio
- • Certaines chaînes développent un humour pernicieux et critique adressé aux jeunes. Critiquent la foi, l’Église, l’autorité ; encouragent des allusions salaces ; déforment doucement les consciences. C’est une forme de viol consenti.
- • D’autres, à travers une musique malsaine, sont des vecteurs de déséquilibres moraux ou spirituels. Musiques violentes, paroles diaboliques.
- En parler, les écouter, les interdire s’il le faut, en expliquant le côté nocif

b) Mangas et autres BD
- • Certains mangas sont pornographiques, ou développent des allusions sexuelles.
- • Les mangas en général ont une vision du monde irréaliste, illogique, n’aidant pas à se construire.
- • De nombreuses BD « pour enfants » ont perdu ce caractère d’innocence qui les caractérisait avant ; on y développe, à l’intention des enfants, un humour insolent et déstructurant, avec de nombreuses allusions sexuelles ; par ex. le « petit Spirou »…
- Il ne s’agit pas de « tout interdire », mais d’user de discernement, et d’éviter que l’enfant ne s’habitue à cet humour corrosif.

c) Littérature « pour jeunes »
- • Les auteurs « pour la jeunesse » considèrent souvent aujourd’hui qu’ils ont une « mission initiatique ». Il est fréquent que les romans de « fantasy » comportent une initiation senti-mentale, qui se concrétise dans un véritable apprentissage de la sexualité pour le héros, un jeune chevalier par exemple, aux mœurs assez libres. Cela varie selon les auteurs, mais une série peut évoluer ainsi sans que l’on y fasse attention. Certaines pages peuvent comporter des manifes-tations de tendresse trop physiques, d’autres des descriptions très crues (coït).
- • Les récits de sorcières, malgré leur caractère païen, sont peut-être moins à craindre.
- • La violence enfin peut être exacerbée, banalisée.

d) Les fêtes et rallyes
- • Le monde de la fête, y compris les rallyes, même les « mieux fréquentés », comporte des éléments de fragilité qu’il ne faut pas cautionner : la caution des parents est le principal risque du rallye.
- • Trop tôt : on met les jeunes trop tôt dans des soirées dont ils ne peuvent capter l’intérêt. Pourquoi s’étonner de la formation de « petits couples » ?
- • Alcool : les alcools forts sont considérés comme indispensables. On en prend avant, on apporte des flacons en poche, on fait des « cocktails TGV »…
- Former à la vraie joie, et à apprécier le bon vin.
- • « Chope » : on s’embrasse sur la bouche, hors flirt, dans les soirées et ailleurs. Les filles n’y font plus obstacle, les garçons font des concours à qui « chopera » le plus. La « chope » remplace le flirt.
- Le remède : une bonne éducation affective. Montrer finement ce que c’est qu’aimer. Expliquer aussi qu’un baiser sur la bouche est un engagement solennel...

e) La drogue et le tabac
- • Le tabac est en forte progression chez les jeunes.
- • La drogue est en lien avec l’alcool, le tabac et les « mauvaises » fréquentations, mais on peut en trouver partout. En parler, ne rien donner pour acquis.

CONCLUSION

L’éducation n’est pas une science, c’est un art : un ensemble de procédés qui, en principe, conduisent à un résultat, mais sans garantie absolue. Des méthodes éducatives portent de bons fruits, mais aucune ne garantit un succès à 100% : c’est la liberté humaine. Nous éduquons nos enfants en milieu « ouvert », ce qui suppose un certain contact avec des influences autres que celles des parents ; mais un milieu fermé risquerait d’en faire des êtres très vulnérables, privés de tout anticorps. Il convient de les « exposer » un peu, mais en leur donnant des principes d’action, des raisonnements pour réagir.

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