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	<title>Silvestre Baudrillart</title>
	<link>http://www.silvestre-baudrillart.fr/</link>
	<description>Silvestre Baudrillart est professeur de fran&#231;ais et de latin dans un lyc&#233;e de la r&#233;gion parisienne. Il nous livre sur son site quelques r&#233;flexions personnelles sur la litt&#233;rature, la conjugaison, l'enseignement, l'&#233;ducation...</description>
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		<title>Sartre et la Cr&#232;che</title>
		<link>http://www.silvestre-baudrillart.fr/Meditation-sur-la-Nativite</link>
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		<dc:date>2019-01-13T16:59:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Silvestre Baudrillart</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Vous avez le droit d'exiger qu'on vous montre la Cr&#232;che. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l'Enfant J&#233;sus. L'artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-&#234;tre na&#239;f, mais &#233;coutez. Vous n'avez qu'&#224; fermer les yeux pour m'entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Vierge est p&#226;le et elle regarde l'enfant. Ce qu'il faudrait peindre sur son visage, c'est un &#233;merveillement anxieux, qui n'apparut qu'une seule fois sur une figure humaine, car le (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.silvestre-baudrillart.fr/-SARTRE-Jean-Paul-" rel="directory"&gt;SARTRE Jean-Paul (19.5-1980)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Vous avez le droit d'exiger qu'on vous montre la Cr&#232;che. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l'Enfant J&#233;sus. L'artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-&#234;tre na&#239;f, mais &#233;coutez. Vous n'avez qu'&#224; fermer les yeux pour m'entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Vierge est p&#226;le et elle regarde l'enfant. Ce qu'il faudrait peindre sur son visage, c'est un &#233;merveillement anxieux, qui n'apparut qu'une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l'a port&#233; neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu. Elle le serre dans ses bras et elle dit : &#171; mon petit &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; d'autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : &#171; Dieu est l&#224; &#187;, et elle se sent prise d'une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les m&#232;res sont ainsi arr&#234;t&#233;es par moment, par ce fragment de leur chair qu'est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu'on a faite avec leur vie et qu'habitent les pens&#233;es &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun n'a &#233;t&#233; plus cruellement et plus rapidement arrach&#233; &#224; sa m&#232;re, car Il est Dieu et Il d&#233;passe de tous c&#244;t&#233;s ce qu'elle peut imaginer. Et c'est une rude &#233;preuve pour une m&#232;re d'avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils. Mais je pense qu'il y a aussi d'autres moments rapides et glissants o&#249; elle sent &#224; la fois que le Christ est son fils, son petit &#224; elle et qu'il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : &#171; ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c'est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aucune femme n'a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu'on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu'on peut toucher et qui vit, et c'est dans ces moments-l&#224; que je peindrais Marie si j'&#233;tais peintre, et j'essayerais de rendre l'air de hardiesse tendre et de timidit&#233; avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids ti&#232;de, et qui lui sourit. Et voil&#224; pour J&#233;sus et pour la Vierge Marie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu'une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-m&#234;me. Il adore et il est heureux d'adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu'il souffre sans se l'avouer. Il souffre parce qu'il voit combien la femme qu'il aime ressemble &#224; Dieu. Combien d&#233;j&#224; elle est du c&#244;t&#233; de Dieu. Car Dieu est venu dans l'intimit&#233; de cette famille. Joseph et Marie sont s&#233;par&#233;s pour toujours par cet incendie de clart&#233;, et toute la vie de Joseph, j'imagine, sera d'apprendre &#224; accepter. Joseph ne sait que dire de lui-m&#234;me : il adore et il est heureux d'adorer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Preuve que le texte d&#233;range les partisans de Sartre, sa compagne Simone de Beauvoir essayera de r&#233;futer l'origine de ce texte. Mais Sartre confirmera en &#234;tre l'auteur, en 1962, dans la note suivante : &#171; si j'ai pris mon sujet dans la mythologie du Christianisme, cela ne signifie pas que la direction de ma pens&#233;e ait chang&#233;, f&#251;t-ce un moment pendant la captivit&#233;. Il s'agissait simplement, d'accord avec les pr&#234;tres prisonniers, de trouver un sujet qui p&#251;t r&#233;aliser, ce soir de No&#235;l, l'union la plus large des chr&#233;tiens et des incroyants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Extrait de &#171; Bariona ou le Fils du tonnerre &#187;, le texte se trouve int&#233;gralement dans l'ouvrage Les Ecrits de Sartre de M. Contat et M. Rybalka, NRF 1970].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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